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Placer ses invités : un casse-tête...
Placer convenablement ses invités constitue un sujet important de préoccupation pour les maîtresses de maison. Les gens, jadis, étaient extrêmement attachés aux prérogatives que leur conférait leur titre ou leur rang social et un petit jeu de société (qui tenait du casse-tête) consistait à imaginer un dîner où l'on invitait un évêque, un cardinal, un général et sa femme, un duc, une comtesse de 29 ans, un baron de 80 ans, une cousine titrée, un étranger qui ne l'était pas, un ministre roturier et sa femme née de X..., etc.
On jugeait autrefois le savoir-vivre des maîtres de maison sur la connaissance de ces subtilités et il faut entendre la remarque méprisante que Proust met dans la bouche de Monsieur de Charlus, mal placé à la table des Verdurin :
« Permettez, répondit M. de Charlus avec hauteur à Monsieur Verdurin étonné : je suis |
aussi Duc de Brabant, Damoiseau de Montargis, Prince d'Oléron, de Carency de Viazeggio et des Dunes... D'ailleurs cela ne fait absolument rien. Ne vous tourmentez pas. J'ai tout de suite vu que vous n'aviez pas l'habitude... »
Dans la France de la fin du deuxième millénaire, on est moins à cheval sur le protocole, mais il n'en existe pas moins de bonnes places à table et d'autres qui le sont moins. Aussi est-ce une politesse bien naturelle que de réserver les meilleures aux hôtes auxquels vous devez le plus d'attention.
Pensez d'abord qu'une table dont tous les côtés sont garnis, a fortiori une table ronde, permet la distribution des convives la plus simple. Avec une table dont les extrémités restent libres, quatre convives se trouvent, de ce fait, obligés à n'avoir deconversation qu'avec une seule personne, deux à la rigueur si la table n'est pas trop large et qu'ils peuvent parler avec leur vis-àvis. Les bouts de table correspondent aux places les moins bonnes. |